Taxe Zucman : les Français méritent mieux que des illusions fiscales
Alors que les soutiens de Gabriel Zucman ne craignent plus de populariser des inepties économiques aux heures de grande écoute, il paraît d’autant plus urgent de lever le vrai tabou français : celui de la croissance et de la productivité, seuls véritables moteurs de l’amélioration des conditions de vie et conditions de l’équilibre des finances de l’Etat. Une tribune parue dans l’Opinion d’Erwan Le Noan co-signée par David Lisnard, Muriel Jourda, Alexis Karklins-Marchay, Cécile Maisonneuve, Constance Nebbula, Hervé Novelli et beaucoup d’autres membres de Nouvelle Énergie.

La dégradation de la note de la France par Fitch confirme ce que chacun sait : l’économie française décroche en dépit d’une dette publique qui ne cesse d’augmenter. L’Etat a beau dépenser toujours davantage, la croissance reste faible et le pouvoir d’achat progresse moins qu’ailleurs: si la France avait eu la même croissance que les Etats Unis lors des quinze dernières années, les Français seraient plus riches de 30 %.
Cette situation s’explique non par l’insuffisance de taxes, mais par une stagnation de la productivité – l’écart avec les Etats-Unis, là aussi, n’a cessé de se creuser (10 points depuis 2019). C’est donc l’absence d’innovation, le manque d’investissement dans le capital matériel, immatériel et humain qui devraient être au cœur du débat public.
Pourtant, une certaine classe politique préfère s’illusionner dans la célébration de la « taxe Zucman ». A l’écouter, cette taxe qui porterait sur 1 800 « ultra-riches » devrait renflouer les caisses de l’Etat et ramener de la « morale fiscale ». Une solution miracle…
Méconnaissance. Sauf qu’elle repose sur une méconnaissance profonde des mécanismes économiques les plus élémentaires. En proposant d’imposer un patrimoine financier, cette proposition de taxe oublie qu’elle ne porte jamais sur un revenu disponible : ce n’est pas parce que vous êtes actionnaire d’une entreprise dont la valeur estimée, qui peut fortement varier, est élevée (parce que le marché parie sur son potentiel) que vous disposez de liquidités équivalentes. Parfois, l’entreprise n’est pas même rentable. Certains entrepreneurs n’auront donc d’autre choix que de revendre une part de leur entreprise, notamment à des fonds étrangers, pour acquitter un impôt Zucman sur des actions qu’ils n’auront plus. Fascinant non?
Et quand Thomas Piketty suggère qu’ils n’ont qu’à vendre ce capital aux salariés ou à l’Etat, il oublie que les premiers n’ont pas les moyens, ni peut-être l’envie, de le faire, et que le second ne s’est jamais distingué par ses capacités de gestionnaire. Sans quoi, la dette ne serait pas de 114 % du PIB.
L’argument selon lequel cette solution permettrait d’enfin taxer les holdings est au demeurant totalement fallacieux : les revenus qu’elles perçoivent sont déjà soumis à l’impôt sur les sociétés (à 25 %), puis à nouveau taxés à 30 % lorsqu’ils sont distribués.
Autrement dit, cette taxe est une illusion fiscale. Son introduction ne résoudra nullement les problèmes de productivité et de croissance mais favorisera, encore une fois, le démantèlement de l’appareil productif français, en accélérant la fuite des talents et du capital et en contraignant à la vente les pépites nationales.
Champions. C’est aux Etats-Unis, et non en France, que Stéphane Bancel a par exemple fait émerger Moderna et contribué à une révolution scientifique mondiale. C’est vers les marchés financiers les plus dynamiques que les jeunes entreprises se tournent pour accélérer leur croissance. C’est là-bas que se déploient aujourd’hui les champions qui façonnent l’économie de demain et notre avenir.
Alors que les soutiens de Gabriel Zucman ne craignent plus de populariser des inepties économiques aux heures de grande écoute, il paraît d’autant plus urgent de lever le véritable tabou français : celui de la croissance et de la productivité, seuls véritables moteurs de l’amélioration des conditions de vie et conditions de l’équilibre des finances de l’Etat.
Ce sont elles, et non la dépense publique, qui ont permis à la France, il y a quelques décennies encore, d’être un phare social et technologique pour le monde. Et ce sont elles qui permettront à l’avenir d’inverser le décrochage social, en offrant à chacun l’opportunité de vivre mieux que ses parents.
Mais pour retrouver cette trajectoire, il n’y a pas de solution magique. Il faut miser sur l’innovation, la compétitivité, libérer les forces productives et redonner confiance à ceux qui entreprennent. Si la France parvenait à faire émerger ne serait-ce que deux « Mistral » du calibre de Nvidia, leurs contributions rapporteraient davantage aux finances publiques que dix taxes Zucman. La solution n’est donc pas dans l’augmentation des impôts, ni dans une prétendue morale fiscale, mais dans la libération des énergies économiques, qui passe par une réduction du fardeau fiscal qui pèse sur les entrepreneurs et les investisseurs.
Le débat public ne peut donc se réduire à une chasse aux sorcières contre celles et ceux qui ont réussi. Ce n’est pas en taxant les milliardaires qu’on crée de la croissance ni qu’on améliore l’efficacité des services publics. Sans quoi le communisme aurait été un franc succès. L’important est de redonner l’envie d’entreprendre, de libérer l’innovation et de promouvoir la création de richesses : une tâche plus complexe, bien loin des solutions faciles et du « prêt à taxer », mais nécessaire pour que notre chère France rayonne à nouveau.
Pour notre classe politique comme pour nous, électeurs, il est temps d’abandonner les illusions pour se mettre au travail.
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Signataires :
Erwan Le Noan, essayiste, consultant
Olivier Babeau, économiste et président de l’institut Sapiens
Louise Baroin, directrice marketing et réseaux sociaux de GenerationLibre
Marc de Basquiat, économiste, président du think tank AIRE
Baptiste Bayart, entrepreneur
Frédéric Bedin, entrepreneur
Sacha Benhamou, directeur de la communication et des relations institutionnelles de GenerationLibre
Pierre Bentata, économiste et essayiste
Godefroy de Bentzmann, entrepreneur
Benjamin Bitton, chef d’entreprise dans le conseil financier spécialisé dans l’innovation et l’entrepreneuriat
Jean-Baptiste Blanc, sénateur du Vaucluse, vice-président de la Commission des finances
Anne Boudu, avocate
Timothée Bouteloup, GenerationLibre
Nicolas Bouzou, essayiste et entrepreneur
Kevin Brookes, enseignant-chercheur en science politique, Directeur de GenerationLibre
Virginie Calmels, présidente fondatrice de Futurae et Présidente de Croissance Plus
Laurent Cappelletti, professeur au CNAM, chaire de contrôle de gestion
Eric Chaney, expert associé à l’institut Montaigne
Sébastien Chapotard, dirigeant de PME industrielle
Karine Charbonnier, entrepreneur
François-Marie Charmet, entrepreneur
Philippine Charon, entrepreneuse
Antoine Copra, directeur de la rédaction des Electrons Libres
Jean-Philippe Delsol, essayiste et président de l’IREF
Alexandra Dublanche, vice-présidente du Conseil régional d’Ile-de-France
Simon Dufeigneux, conseiller METI
Grégory Edberg, banquier d’affaires et enseignant à Sciences Po
Pierre Entremont, co-founder & managing partner, Frst Capital
Edouard Fillias, président de JIN et vice président GenerationLibre
Samuel Fitoussi, essayiste et investisseur
Pierre Garello, économiste, professeur des Universités
Gabriel A. Giménez Roche, enseignant-chercheur en économie et finance
Bruno Grandjean, chef d’entreprise
Olivia Grégoire, députée de Paris, ancienne ministre
Philippe Goetzmann, chef d’entreprise
Thierry Herrmann, entrepreneur en immobilier et investisseur dans le sport
Muriel Jourda, sénateur du Morbihan, présidente de la commission des Lois
Philippe Juvin, député des Hauts-de-Seine, membre de la commission des Finances
Nathalie Janson, enseignant-chercheur en économie et finance
Alexis Karklins-Marchay, entrepreneur et essayiste
Guillaume Labbez, président de CommStrat, enseignant à Sciences Po
Philippe de Ladoucette, docteur en droit
Delphine Lancel, entrepreneure
Guillaume Larrivé, vice-président des Républicains
Nicolas Lecaussin, économiste, IREF
Gregory Lenne, Conseiller stratégique de GenerationLibre
David Lisnard, président de Nouvelle Energie, maire de Cannes
Alain Madelin, ancien ministre de l’Economie et des Finances
Cécile Maisonneuve, experte associée à l’Institut Montaigne
Hélène Marchand, chef d’entreprise dans l’industrie
Nicolas Marques, directeur général de l’Institut économique Molinari
Bertrand Martinot, expert associé à l’institut Montaigne
Marc Menasé, founding partner de Founders Future
Jean-Bernard Meurisse, entrepreneur dans l’accompagnement des PME
Frédéric Motte, industriel, conseiller régional
Constance Nebbula, vice-présidente de la région Pays-de-la-Loire
Hervé Novelli, entrepreneur, ancien ministre
François-Xavier Oliveau, dirigeant d’entreprise, essayiste
Sylvain Orebi, entrepreneur
Denis Payre, entrepreneur, Fondateur de Croissance Plus et Nous Citoyens
Bruno Raillard, co-founder & managing Partner, Frst Capital
Olivier Redoulès, économiste
Adina Revol, essayiste et enseignante
Julien Revol, entrepreneur
Christophe Seltzer, consultant indépendant, ancien directeur de Students for Liberty et de GenerationLibre
Rubin Sfadj, avocat
Philippe Silberzahn, enseignant-chercheur, spécialisé en innovation et entrepreneuriat
Rafik Smati, entrepreneur
Alexandre Stachtchenko, entrepreneur, auteur et candidat aux législatives Paris 2e circonscription
Jean-Louis Thiériot, député de Seine-et-Marne, ancien ministre
Erwann Tison, économiste, enseignant à l’université de Strasbourg
Arnaud Vaissié, président de International SOS
Sébastien Verdeaux, conseil stratégique aux familles
Aurélien Véron, conseiller de Paris
Pierre-Emmanuel Weil, dirigeant d’un multi family office
Nikolai Wenzel, enseignant- chercheur en économie