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Menaces contre le maire d’Alès : David Lisnard appelle à une réponse pénale à la hauteur du narcotrafic

Après les graves menaces proférées contre Christophe Rivenq, maire d’Alès, David Lisnard lui a renouvelé son soutien ainsi que celui de l’Association des maires de France. Dans la nuit du 20 au 21 juillet, l’élu et sa famille ont dû être exfiltrés de leur domicile par le RAID après le signalement d’un projet d’attaque imminente.

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Menaces contre le maire d’Alès : David Lisnard appelle à une réponse pénale à la hauteur du narcotrafic

Invité de franceinfo, le président de Nouvelle Énergie a alerté sur la gravité de cette nouvelle étape dans l’expansion du narcotrafic et appelé à une réponse juridique, pénale et régalienne beaucoup plus ferme.

« On n’est pas à Palerme dans les années 1980 »

David Lisnard a d’abord rappelé la solidarité indispensable entre les élus face aux menaces des trafiquants, quelles que soient leurs sensibilités politiques.

Il avait déjà apporté son soutien à Amandine Demore, maire d’Échirolles, dont le véhicule avait été incendié, ainsi qu’à l’ancien maire de Sarcelles, également visé par des menaces.

« Il faut être évidemment solidaire face à ce fléau. Il faut bien avoir à l’esprit la gravité de ce qui est en train de se passer. »

Le cas de Christophe Rivenq marque, selon lui, un franchissement particulièrement inquiétant.

« Le représentant élu par les habitants de sa commune, un élu de la République, est exfiltré de chez lui avec sa famille, en pleine nuit, par un service d’élite de l’État, parce qu’il est menacé par une mafia de trafiquants. Cela se passe à Alès, en France. On n’est pas à Palerme dans les années 1980, on n’est pas à Medellín. »

Pour David Lisnard, ces menaces ne visent pas seulement un homme ou une famille. Elles constituent une attaque directe contre l’autorité de la République et contre la capacité des élus à assurer la tranquillité de leurs concitoyens.

Un soutien unanime qui doit se traduire dans les actes

Si l’ensemble des responsables politiques a exprimé son soutien au maire d’Alès, David Lisnard estime que cette unanimité doit désormais se traduire par des décisions concrètes.

« Tout le monde soutient le maire, mais, dans la réalité des actes, lorsqu’il faut adapter le droit, tout le monde n’est pas au rendez-vous. »

Il a notamment regretté le rejet des peines planchers pour les trafiquants multirécidivistes dans le cadre de l’examen de la loi contre le narcotrafic.

« Quand on interpelle des dealers et que le dossier judiciaire est solide et constitué, il faut des peines planchers. Il faut protéger la société. »

David Lisnard a également rappelé que certains responsables politiques défendaient encore récemment le désarmement des polices municipales et s’opposaient à la vidéoprotection.

« La vidéo nous apporte des éléments probatoires importants. Les policiers, comme les maires, sont en première ligne. Beaucoup de policiers sont menacés et on ne peut pas passer notre temps à les dénigrer. Il faut les soutenir. »

Face à des groupes criminels qui cherchent à imposer un ordre parallèle fondé sur la violence et l’intimidation, il appelle à dépasser les clivages partisans.

« Il va falloir prendre conscience de la gravité de la situation et transcender les clivages pour disposer enfin d’une réalité pénale à la hauteur de l’enjeu. Le narcotrafic détruit la jeunesse, détruit l’économie et détruit les vies. »

Le paradoxe d’un pays qui dépense beaucoup mais néglige le régalien

David Lisnard a dénoncé le paradoxe d’une France qui détient le record des dépenses publiques, mais ne dispose toujours pas des moyens pénitentiaires, judiciaires et policiers nécessaires pour protéger efficacement la société.

« La France a le record de la dépense publique. Et pourtant, nous n’avons pas les 30 000 places de prison nécessaires, notamment pour incarcérer les trafiquants. »

Cette insuffisance des moyens régaliens conduit, selon lui, à adapter la politique pénale à la pénurie plutôt qu’à la gravité des actes commis.

Il a également pointé les profondes failles de la justice des mineurs. Les réseaux recrutent des adolescents parce qu’ils savent que les sanctions encourues sont faibles et que leur remise en liberté est souvent rapide.

« Les trafiquants utilisent les mineurs comme des supplétifs du trafic parce qu’ils savent qu’ils ne risquent presque rien. »

À Cannes, David Lisnard constate directement cette impuissance.

« Quand on interpelle quatorze ou quinze fois des mineurs pour des faits de violence, de trafic ou des refus d’obtempérer, malgré la bonne volonté des policiers et des magistrats, on les retrouve dehors. »

Pendant que les réseaux criminels disposent de technologies modernes, d’avocats organisés et d’outils numériques performants, les services judiciaires continuent de travailler avec des équipements et des procédures dépassés.

« Vous avez d’un côté des systèmes judiciaires équipés de systèmes informatiques des années 1990 et, de l’autre, des délinquants avec des réseaux d’avocats qui travaillent sur le cloud et utilisent toute la puissance de l’intelligence artificielle. La moindre faille de procédure est exploitée. »

Des maires directement exposés à la violence

David Lisnard a rappelé la vulnérabilité particulière des élus locaux, qui vivent quotidiennement au contact de la population.

« Un maire, c’est un habitant mandaté par les habitants, qui vit parmi eux. Notre uniforme, c’est notre visage. Tout le monde nous connaît. »

Cette proximité, qui constitue la force du mandat municipal, expose aussi les élus lorsqu’ils s’attaquent aux trafics et aux réseaux criminels.

Le président de l’Association des maires de France a rappelé que les démissions de maires sont aujourd’hui quatre fois plus nombreuses qu’il y a vingt ans. La complexité administrative et l’incapacité à agir constituent la première cause de ces départs. La montée des violences représente la deuxième.

Pour y répondre, l’AMF a lancé, avec la Gendarmerie nationale et le RAID, une formation destinée à apprendre aux élus à gérer les conflits et à se protéger face aux agressions. Près de 30 000 élus locaux ont déjà été formés.

« Une société dans laquelle un maire doit être formé pour échapper à la violence est une société qui a besoin d’être profondément apaisée. »

Pour David Lisnard, l’exfiltration du maire d’Alès ne doit en aucun cas être banalisée.

« Un maire qui risque sa vie uniquement parce qu’il veille à la tranquillité publique, c’est une situation qui ne doit surtout pas devenir normale. »

Remettre les policiers sur le terrain

David Lisnard estime que la France ne manque pas seulement de policiers, mais surtout de policiers effectivement présents sur le terrain et disponibles pour accomplir leurs missions.

« Lorsque l’on regarde le nombre de policiers nationaux par rapport à la population, la France n’est pas mal placée. Mais il y en a de moins en moins sur le terrain, parce qu’on les engonce dans des procédures absurdes. »

Il a pris l’exemple du temps nécessaire pour recueillir une plainte, qui a fortement augmenté en raison de l’accumulation des formalités.

« La même plainte qui prenait vingt minutes en prend aujourd’hui quarante-cinq, avec exactement la même bonne volonté des policiers. »

Cette bureaucratisation détourne les agents de leur mission première et affaiblit la capacité opérationnelle des forces de sécurité.

David Lisnard appelle également à réhabiliter la filière judiciaire de la police et à recruter davantage d’enquêteurs.

« On manque d’enquêteurs. C’est scandaleux. Il faut vraiment réhabiliter la filière judiciaire dans la police, car nous avons besoin d’enquêteurs. »

Il dénonce enfin l’absence, dans certains secteurs et à certaines heures, d’équipages de police nationale disponibles, qui entraîne un transfert croissant des responsabilités vers les communes et les polices municipales.

« Il faut arrêter toutes les hypocrisies »

La lutte contre le narcotrafic doit également s’attaquer aux voies d’approvisionnement et aux réseaux internationaux.

David Lisnard a évoqué les trois grandes portes d’entrée des stupéfiants sur le territoire français : la cocaïne arrivant notamment par la Guyane et les Antilles françaises, les drogues de synthèse venues du Benelux et le cannabis provenant du Maghreb.

« Il faut arrêter toutes ces hypocrisies. Soit on s’attaque réellement au fléau et on y met les moyens, soit on continue de détourner le regard. »

Le narcotrafic n’est désormais plus limité aux grandes métropoles. Il touche les villes moyennes, les petites communes et les territoires ruraux.

« Il n’y a plus une ville ni un village qui y échappe. J’ai vu l’arrivée des trafiquants dans la ruralité. Il y a désormais des dealers jusque dans les villages de l’Allier. Il y en a partout. »

Face à cette contamination progressive du pays, David Lisnard appelle à remettre les moyens publics là où ils sont indispensables : la police, la justice, l’administration pénitentiaire, le renseignement et la coopération internationale.

« Aujourd’hui, nous adaptons la politique pénale à la pénurie de moyens dans un pays qui dépense plus que tous les autres, parce que nous ne mettons pas l’argent sur le régalien. C’est insupportable. »

Rétablir l’autorité de l’État

Pour David Lisnard, la menace contre le maire d’Alès révèle un délitement régalien et une perte d’autorité qui dépassent largement le seul cadre local.

La réponse doit être complète : préventive, culturelle, internationale, policière et judiciaire. Mais elle doit avant tout reposer sur une volonté politique claire de protéger la société et de faire respecter la loi.

Cela implique de soutenir les policiers et les élus, de construire les places de prison nécessaires, de moderniser les outils de la justice, de renforcer les services d’enquête et de prononcer des sanctions réellement dissuasives contre les trafiquants et les récidivistes.

« Il faut prendre conscience de la situation, mettre les moyens là où il le faut et rétablir les services judiciaires. Il faut soutenir la police nationale et réorganiser notre pays. »

Face aux mafias du narcotrafic, l’État ne peut plus reculer. La République doit reprendre le contrôle, protéger ceux qui la servent et garantir à chaque Français le droit fondamental de vivre en sécurité.