Le 14-Juillet de la grande France
Une tribune de David Lisnard parue dans Rupture-mag.

Si nous célébrons notre fête nationale le 14 juillet, nous le devons à la loi du 6 juillet 1880. Cette date n’avait pas vocation à commémorer seulement la prise de la Bastille de 1789, mais aussi la Fête de la Fédération, consécration de l’unité de la France, qui eut lieu un an plus tard. C’est cette date qui donne au 14 juillet sa portée proprement nationale.
Ce jour-là, quatorze mille fédérés venus des quatre-vingt-trois départements créés quelques mois plus tôt se rassemblent au Champ-de-Mars, devant plusieurs centaines de milliers de Parisiens, pour prêter serment de fidélité à la Nation, à la Loi et au Roi. Ces hommes sont les délégués des gardes nationales des communes.
Ce mouvement ne provient pas de Paris. Dès le 29 novembre 1789, à Étoile-sur-Rhône, plus de douze mille gardes nationaux du Dauphiné et du Vivarais scellent le premier pacte fédératif. À Pontivy, les jeunes citoyens de Bretagne et d’Anjou se déclarent « Français et citoyens du même empire ». Lyon rassemble des délégations de plusieurs départements voisins le 30 mai 1790.
L’Assemblée nationale, en décidant d’organiser la Fédération générale, n’a fait qu’ordonner et amplifier un mouvement né dans les communes. Celles-ci existaient de fait depuis des siècles ; la Révolution venait de les fonder en droit par la loi du 14 décembre 1789 qui érigea en municipalités les quarante-quatre mille paroisses, bourgs et communautés d’habitants du royaume de France.
C’est ainsi que la nation, dont l’État bâtissait le corps depuis Philippe Auguste, reçut le 14 juillet 1790 son second fondement : le libre consentement de citoyens qui, du village à la province et de la province à la patrie, choisirent de s’unir.
Cette construction vient de loin. La France procède de la raison grecque et du droit romain, de l’héritage judéo-chrétien, de la scolastique médiévale et de l’esprit des Lumières. Elle est l’œuvre de la monarchie et de la Révolution, de l’Empire et de la République, de l’école, de l’armée et de la commune. De cette longue et tumultueuse histoire est née une communauté républicaine de citoyens et de destin, qui a fait d’individus divers un seul et même peuple, réuni autour d’une même loi, d’une même langue, d’une même culture.
Chaque Français, quels que soient son origine, ses croyances, sa couleur de peau, est le dépositaire de ce patrimoine. Cette France est plus grande que chacun de ses régimes, plus grande que chacune de ses générations, plus grande que chacune de ses composantes. C’est la grande France, multiséculaire, indivisible, transmise de génération en génération.
Aujourd’hui, on voit apparaître à l’extrême gauche une volonté de déconstruire notre histoire. Cette entreprise, théorisée par Jean-Luc Mélenchon, a pour but de faire naître une « nouvelle France ».
Une France racialiste, c’est-à-dire raciste, communautariste, accommodante avec l’islamisme, complaisante avec l’antisémitisme, et même complice. Une France où l’on trie les citoyens selon leur origine, où l’on oppose les Français d’hier aux Français d’aujourd’hui, les immigrés extra-européens aux « tout blancs tout moches ».
Chaque génération, certes, apporte une sociologie nouvelle. Aucune génération, jamais, n’a fondé une autre France.
Cette extrême gauche ne revendique pas pour rien sa filiation avec Robespierre, l’artisan de la Terreur, qui fut la négation du 14 juillet 1790. Les fédérés s’étaient unis librement ; la loi des suspects du 17 septembre 1793 trie les Français par catégories. Les communes s’étaient fédérées d’elles-mêmes ; la Convention écrase Lyon, Marseille, Bordeaux, accusées de « fédéralisme ».
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