Bus à hydrogène à Cannes : une première en France
L’agglomération Cannes Pays de Lérins entre dans le club très fermé des territoires autonomes en énergie. Depuis ce début juin 2026, quatorze bus du réseau Palm Bus carburent à l’hydrogène produit directement sur place à partir des eaux usées d’une station d’épuration. Un investissement d’avenir de 50 millions d’euros porté par David Lisnard pour éradiquer progressivement le diesel. Un article de Nice-Matin.

Quinze minutes. C’est désormais le temps nécessaire pour remettre en circulation un bus du réseau Palm Bus. Le temps d’un plein d’hydrogène, réalisé directement sur le dépôt cannois à partir d’eau recyclée.
Une petite révolution qui fait entrer l’agglomération Cannes Pays de Lérins dans un club encore très fermé : celui des territoires qui produisent eux-mêmes l’énergie destinée à faire rouler leurs transports publics.
Depuis ce vendredi 5 juin, quatorze bus à hydrogène circulent sur les lignes A, B, 1 et 2 du réseau. Derrière ces nouveaux véhicules se cache surtout une première nationale.
Une opération à 50 millions
À Cannes, l’hydrogène n’est ni acheminé par camion ni produit à des centaines de kilomètres. Il est fabriqué sur place, grâce à une station d’électrolyse alimentée par de l’électricité décarbonée et de l’eau issue d’une station d’épuration. Un modèle inédit à cette échelle en France.
« Nous sommes des pionniers », a revendiqué le président de l’agglomération et maire de Cannes, David Lisnard, qui a également rappelé le coût de l’opération à hauteur de 50 millions d’euros.
L’achat des bus représente à lui seul 35 millions d’euros, dont 3,45 millions financés par l’Agence de l’environnement et de la maîtrise de l’énergie (ADEME).
« On retrouve le confort que nous donnait le gasoil »
Pour les voyageurs, le changement sera invisible. Pour l’exploitant du réseau, il est considérable. « Un bus à hydrogène, c’est avant tout un bus électrique », rappelle Frédéric Marandon, directeur général adjoint à la mobilité de l’agglomération.
À une différence près : là où les véhicules électriques classiques stockent l’énergie dans des batteries, les nouveaux autobus embarquent de l’hydrogène transformé en électricité grâce à une pile à combustible. Une évolution qui change radicalement les conditions d’exploitation.
Jusqu’ici, les bus électriques nécessitaient 6 à 7 heures de recharge pour une autonomie comprise entre 200 et 250 kilomètres. Avec l’hydrogène, le plein est réalisé en un quart d’heure et permet de parcourir jusqu’à 400 kilomètres. « On retrouve le confort que nous donnait le gasoil », résume Frédéric Marandon. Une donnée essentielle pour les lignes les plus sollicitées du réseau, dont certaines roulent quasiment vingt-deux heures par jour.
L’agglomération a donc fait le choix d’un modèle hybride. Les lignes les plus longues seront assurées par l’hydrogène tandis que les trajets plus courts continueront à être exploités avec des bus électriques à batterie. « Il faut adapter l’énergie à l’usage réel des lignes, pas l’inverse. C’est le mix énergétique qui va nous permettre de décarboner complètement la flotte », insiste le responsable mobilité.
L’hydrogène fabriqué à partir des eaux usées
Pourtant, le véritable cœur du projet se trouve à quelques mètres des bus. Derrière les clôtures du dépôt Palm Bus, la nouvelle station de production est capable de générer jusqu’à 800 kilos d’hydrogène par jour grâce à un électrolyseur de 2 mégawatts.
Pour le produire, la station utilise deux matières premières : de l’eau et de l’électricité bas carbone. Grâce à l’électrolyse, les molecules d’eau sont séparées afin d’en extraire l’hydrogène qui servira ensuite à alimenter les bus.
Mais la singularité cannoise réside ailleurs ; aucune goutte d’eau potable n’est utilisée. « On prend de l’eau de réutilisation d’une station d’épuration locale », explique Pierre de Raphelis Soissan, président de la société de projet Cannes Lérins H2. « Dans certaines régions, la disponibilité de l’eau est un enjeu majeur. À Cannes, nous avons fait le choix de ne pas utiliser cette ressource précieuse. »
L’hydrogène ne parcourt donc aucun kilomètre avant d’arriver dans les réservoirs. « Nous ne le transportons pas. Il est produit et stocké sur place. Le fait d’avoir un seul client qui absorbe toute la production permet aussi de dimensionner une station de grande taille et donc de réduire mécaniquement les coûts de production », poursuit-il.
Pour Hynamics, filiale d’EDF spécialisée dans l’hydrogène renouvelable et bas carbone, le projet constitue aussi l’une des réalisations les plus ambiitieuses menées à ce jour. « C’est un véritable ouvrage industriel au cœur de la cité », souligne sa directrice générale, Christelle Rouillé.
Une flotte de 41 bus à hydrogène d’ici 2033
Au-delà de la performance technique, l’opération s’inscrit surtout dans une stratégie plus large de décarbonation des transports publics.
Le remplacement progressif des véhicules fossiles permettra d’éviter plus de 3000 tonnes de CO2 chaque année avec l’ambition affichée de faire disparaître, ligne après ligne, le diesel du paysage urbain. L’agglomération ne compte d’ailleurs pas s’arrêter aux quatorze premiers véhicules mis en circulation.
D’ici 2033, quarante et un bus à hydrogène doivent intégrer le réseau Palm Bus. À Cannes, l’hydrogène n’est donc plus un horizon énergétique ni une promesse de laboratoire. Il est devenu un outil du quotidien. Un carburant silencieux qui alimente déjà les lignes du réseau.
Et dans les dépôts, entre deux rotations, une autre reality s’installe : celle d’un réseau qui change de nature, progressivement, sans rupture visible et monétaire pour les voyageurs et où, désormais, il ne reste plus qu’à monter à bord.